Julien Gracq est l'un des derniers colosses de la littérature française. « Julien Gracq, ça se mérite » conclut Hélène Canu, la directrice de la médiathèque de Saint-Hilaire. « Julien Gracq est l'un des derniers colosses de la littérature française, la vraie. Il est de ceux qui ont fait avancer, comme Proust en son temps, la compréhension des mots et leur signification », explique la spécialiste de son œuvre. Ainsi, les acteurs parlent la langue de Gracq qui, en deux répliques riches et imagées, plantent un univers d'une profondeur poignante. Les personnages sont des êtres à la limite du réel, très humains, et en même temps porteurs de l'archétype du mythe.
(...) Lors de notre dernière rencontre, nous parlerons des coupes à faire. Il me donne carte blanche pour aménager le texte selon les besoins. Je l'écoute, je reçois de lui quelque chose au-delà des mots. Il est bon, il soutient mon enthousiasme et ma jeunesse. Cette bienveillance m'accompagnera tout le long du chemin. A aucun moment de notre rencontre, je n'ai songé à son âge. J'ai rencontré un homme au cœur profond et immense. Un homme humble, qui, arrivé à la rive de la vie, se retourne encore pour soutenir ceux qui vont vers lui. Il m'a dit du Roi Pêcheur, Amfortas : « C'est avant tout un homme qui souffre. » Compte tenu de l'épaisseur du personnage, la nudité de cette définition m'avait étonnée. De la même manière, devant les amis qui s'exclament : « Tu as rencontré Gracq !» comme on parlerait d'un monument, je dirai juste : « C'est avant tout un homme, un homme de vérité, un homme du cœur, un homme qui aime. » Laurence Arpi.
Seule pièce de théâtre écrite par Julien Gracq, elle renaît sur la base d'une version inédite confiée par l'auteur lui-même au metteur en scène Laurence Arpi. Cette pièce a été refondue. Toute l'ampleur lumineuse en a été gardée ainsi que la noirceur brillante du texte. Des dix huit personnages il en reste douze et c'est la substantifique moelle qui reste de ce texte lumineux, dont ces artistes ont rendu l'âme au jour, pour le plus grand bonheur de Julien Gracq.
